[Ecoquartier] Roncherolles-sur-le-Vivier : un exemple de développement durable

Le 21 janvier 2022, la commune de Roncherolles sur le Vivier recevait le niveau 4 du Label Ecoquartier, pour son écoquartier des Arondes. Seine-Maritime Attractivité a récompensé cette labellisation lors des Trophées de l’Attractivité®, le 1er décembre 2022 à l’Hôtel du Département de la Seine-Maritime.

L'écoquartier de Roncherolles-sur-le-Vivier

L'écoquartier de Roncherolles-sur-le-Vivier

L’écoquartier des Arondes, lauréat de l’édition 2022 des Trophées de l’Attractivité®, est un exemple de développement durable dans une commune rurale. Au cœur de ce projet, la préservation de l’environnement et le maintien de l’identité rurale structurent la réflexion et les actions mises en place. La motivation des équipes municipales qui mènent le projet depuis les années 2000 ? « Que souhaite-t-on laisser aux futurs habitants et à nos enfants ? »

Nous sommes allés à la rencontre de Madame Santo, Maire de cette commune rurale engagée, pour dresser le portrait de son écoquartier hors du commun.

Pouvez-vous présenter la commune et ses enjeux ? D’où vient l’idée d’un écoquartier ?

« La commune de Roncherolles est une petite commune de la Métropole [Rouen Normandie] : elle fait partie des 45 communes de moins de 4 500 habitants. Elle est étalée sur un peu plus de 5 km². Elle a gardé son âme de commune rurale. Elle a perpétuellement, quel que soit les conseils municipaux successifs, évité l’étalement urbain. L’ADN de la commune c’est l’environnement et la préservation de l’environnement, et ce qu’on appelle aujourd’hui la transition énergétique ; nous avons toujours été dans cette mouvance là.

En ce qui concerne l’écoquartier, il s’adapte tout à fait à ces objectifs environnementaux, mais aussi aux objectifs liés à la jeunesse et à la préservation de notre école. Même si nous avions dans le village un certain nombre de logements dits sociaux, on pouvait encore faire mieux, pour pouvoir « alimenter » l’école et aussi être dans cette objectif qui nous est cher de mixité sociale.

On avait à disposition une friche agricole de 1,5 hectare en plein cœur de village. C’est à partir de là qu’une réflexion s’est engagée, au tout début des années 2000. A l’époque, la notion d’écoquartier n’existait pas encore. On a travaillé sur le projet sans savoir que l’écoquartier allait devenir une notion reconnue. C’est vous dire que la conscience environnementale que l’on avait, la préservation de la biodiversité, que l’on avait et que l’on a, était un petit peu précurseur de ce qui se passe maintenant. Rapidement, les objectifs de ce lieu se sont précisés : faire de l’habitat dense, mais sans qu’on ait l’impression que ça soit dense. C’est comme ça qu’on est arrivé à ce projet, avec ce parc urbain et ces logements, en location accession ou en location.

Pouvez-vous nous présenter les étapes dans l’élaboration et la mise en place de l’écoquartier ?

Entre 2001 et 2005, à partir des idées du conseil municipal, nous avons eu une première esquisse par le CAUE et un premier schéma d’intention d’un cabinet d’architecte. On s’est retrouvés avec des plans magnifiques, mais en face il y a le financement à rechercher, parce que pour une petite commune, financer seule ce projet serait compliqué voire impossible. Nous n’avons pas les fonds propres pour le faire, ne serait-ce que l’acquisition du terrain.

L’acquisition a été faite grâce à l’EPFN, l’Établissement Public Foncier de Normandie. A partir du moment où la partie habitat a été choisie, avec Logéal et SMP Immobilier, ce sont eux qui sont devenus propriétaires de cette partie là. Et nous, nous sommes propriétaires de toute la partie parc urbain (espace vert, mares et jeux). La commune n’a donc pas eu à racheter la totalité du terrain, uniquement la partie parc urbain.

On s’est d’abord concentrés sur l’école : nous devions sécuriser les entrées et les sorties, puisqu’on avait une route départementale qui passait au bord de l’école. Donc la première chose ça a été de déplacer la départementale. Ça nous a permis aussi d’agrandir la cour de l’école. En face de l’école, une grange typique, seule chose restante du passé agricole, a été rénovée et aménagée avec des salles de classes et des logements. Cette déviation s’est faite dans les années 2009-2010, donc entre les premières réflexions dans les années 2000 et les premiers coups de pioche, il y a presque 10 ans.

Le parc urbain a lui été fait en 2011-2012. Et ensuite à partir de 2014, ce sont les logements, dont les derniers ont été livrés en 2016. Aujourd’hui il y a 39 logements : 17 maisons individuelles (qui étaient en location-accession, mais qui ont toutes été achetées par les locataires) et 22 appartements en location. Et il y a un commerce, un salon de coiffure : cela faisait partie de nos souhaits dans nos premières réflexions.

Pour revenir sur le financement, le portage foncier a été réalisé par l’EPFN, et le maire de l’époque est allé frapper à la porte de l’Etat, du Département et de l’agglomération de Rouen, qui est devenue la Métropole Rouen Normandie. Nous avons été choisis comme « commune test » par l’agglomération de Rouen, pour réaliser ce quartier. A ce titre nous avons eu pas mal de subventions.

Le coût total du quartier s’est élevé à 2 396 000€, dont 515 100€ restaient à la charge de la commune grâce aux subventions, au bail emphytéotique de la grange et la vente du terrain pour la partie habitat.

Pouvez-vous nous parler du processus de labellisation ?

Le projet a tout d’abord été classé « soutien national » au concours national des Ecoquartiers en 2009. Le Label étape 1 « l’Ecoquartier en projet » a été obtenu en mai 2014, avec la signature de la Charte sous Bernard Jeanne [maire de la commune de 1977 à 2014]. Le Label étape 2, « l’Ecoquartier en chantier », c’était en décembre 2014, après mon élection. Il fallait rédiger pour ce label une série de 20 engagements. « L’Ecoquartier livré », c’est le Label étape 3, nous l’avons obtenu en 2017. Et le Label 4 c’était donc en janvier 2022, un peu plus tard que ce que nous avions prévu comme il y a eu le COVID. Ce label a eu lieu 4 ans après la livraison de l’écoquartier.

Le projet a donc été mené sans lien au départ avec la labellisation. Ce sont les services de la DDTM, sollicités pour accompagner le projet, qui se sont aperçus que le projet remplissait les critères du Label Ecoquartier.

Concernant le travail demandé pour la candidature à la labellisation, l’étape 2 a été faite en interne, et c’était très lourd. Il a fallu rédiger les 20 engagements. Pour le Label 4, nous avons fait appel à une étudiante en stage de master 2, puisqu’il y a une évaluation à mener auprès des usagers et des habitants.

Vous en avez dit quelques mots déjà : vous n’avez pas mené cette démarche seuls, comment avez-vous été accompagnés ?

Oui nous avons été accompagnés par la Métropole Rouen Normandie, le CAUE, le Département, l’EPFN. J’ai beaucoup travaillé aussi avec le Cerema, pour la relecture des dossiers pour tous les labels, et la DDTM aussi nous a aidés.

La Région nous a accompagnés notamment pour notre colonie d’hirondelles, qui est protégée. On ne pouvait pas intervenir sur la grange, tant qu’on n’avait pas trouvé un logement pour les hirondelles. On a travaillé avec la LPO [Ligue pour la Protection des Oiseaux] qui nous a conseillé d’installer une tour à hirondelles. C’est la Région qui a entièrement financé cette tour. Pour la petite histoire, aucune hirondelle ne s’est finalement installée dans la tour à hirondelles. Elles ont fait leurs nids sous la halle, sous le préau et dans les fenêtres de l’école, donc elles sont revenues, mais la tour a été complètement boudée.

Et quels retours avez-vous eu de la part des habitants et des usagers, aujourd’hui mais aussi pendant la construction de l’écoquartier ?

Pendant la construction, les avis généraux n’étaient pas tous favorables. Beaucoup se posaient des questions, notamment par rapport à la taille des jardins qu’ils trouvaient petits. Le projet a interpelé plusieurs habitants. J’ai dû beaucoup expliquer la question de la taille des jardins, car dans les demandes que nous avons aujourd’hui, beaucoup de personnes ne veulent pas de grandes parcelles avec de grands jardins. Donc ça correspondait aux attentes des futurs habitants. Et puis, c’est aussi une question de coûts et cela rentrait dans notre volonté d’avoir une mixité sociale.

Au moment de l’évaluation, une fois le quartier inscrit dans le paysage, pour les usagers c’est une grande satisfaction. On a obtenu une densification mais aérée. C’est le parc qui fait ça, il est très fréquenté, et puis, il est beau !

Par rapport aux habitants du quartier, l’évaluation a fait ressortir quelques remarques. Elles sont en cours de résolution maintenant. En général, les personnes sont très contentes d’arriver en milieu rural dans ce type d’habitat.

Le quartier compte une centaine d’habitants, il a été très bénéfique pour l’école. On a même eu une 4e classe en école élémentaire, mais elle n’a pas duré. C’est le problème à Roncherolles, on a fait des logements sociaux en location pour avoir un « roulement » qui pérenniserait l’école, mais les habitants ne souhaitent pas partir. Mais ça nous permet quand même de maintenir une école de la petite section au CM2, et dans les villages ce n’est pas anodin.

Quelle est la suite pour ce projet ? Comment le quartier continue-t-il d’évoluer ?

Près de l’écoquartier, nous sommes en train de créer un verger partagé. Il y aura un « troc graines » et nous avons installé des composteurs collectifs. C’est dans ce cadre que l’on continue à travailler autour de l’écoquartier, mais pas que.

On continue de faire visiter l’écoquartier : le 16 mai j’ai encore une visite. Robert Lafite, adjoint à l’environnement, intervient auprès du Cerema pour l’aspect finance, et je vais être interviewée prochainement à Yvetot pour une classe de terminale qui a fait un travail sur les écoquartiers. Ça m’étonne beaucoup parce qu’il a été livré en 2016. Alors, qu’on en parle encore 2-3 ans après je comprends, mais même aujourd’hui on en parle encore beaucoup. Mais c’est vrai que c’est le seul écoquartier de la Métropole qui soit en milieu rural, forcément ça attire.

On fait partie du DDTour [visites de terrain organisées par l’ANBDD (Agence Normande pour la Biodiversité et le Développement Durable)], le Cerema et le CAUE nous connaissent et nous sollicitent. J’ai déjà fait une visite pour le CAUE de la Somme. J’avais eu également une visite d’étudiants de Paris Dauphine. C’est un écho considérable, pour un écoquartier dans une petite commune, et qui est terminé depuis 7 ans.

Et puis nous avons des retours très positifs de l’extérieur : de randonneurs et cyclistes notamment qui passent par la commune.

Conseillez-vous à d’autres élus de se lancer dans des projets d’écoquartiers ? Quels conseils de réussite leur donneriez-vous ?

Je le conseille fortement. Même si entre le moment de notre première réflexion et aujourd’hui, les questions environnementales sont beaucoup plus prégnantes, donc le contexte est différent. L’écoquartier nous pousse à remettre en question nos pratiques et ce qu’on veut pour le village de demain : qu’est-ce qu’on veut laisser aux élus successeurs, déjà, et qu’est-ce qu’on veut laisser aux habitants de demain et nos enfants ? Rien que pour ça, je trouve que ça vaut le coup de se lancer. Et puis, on est très aidés. Même si j’ai dû bosser pour le Label 2, j’ai eu des relectures de la DDTM et du Cerema, ça m’a beaucoup aidé. Et on peut faire un écoquartier sans aller jusqu’à la labellisation. Il faut bien s’entourer. Il faut bien étudier ce que l’on veut laisser, et le besoin.

L’intérêt aussi c’est la réutilisation d’une friche, en plein cœur de centre bourg.

Il faut faire des choix : on aurait pu faire des parcelles vendues à un promoteur, mais ce n’était pas le choix des équipes municipales successives. C’est un positionnement, l’objectif était de faire de cette friche un lieu de mixité sociale, sans perturber l’âme rurale de Roncherolles. »

Vous êtes élu ou agent d’une commune, et vous souhaitez donner une vision stratégique à vos actions en faveur d’un développement plus durable ? Trajectoire Durable est la méthode qu’il vous faut ! 

Votre contact Seine-Maritime Attractivité

Mathilda Clennell

Chargée de mission territoires et développement durable 

mathilda.clennell@sma76.fr
07 88 47 20 32

Mathilda Clennell © David Morganti
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